Philippe Annocque sera à Labyrinthes le samedi 23 mai 2009 Pour vous donner un avant-goût de cette rencontre autour de son nouveau livre, nous avons souhaité vous proposer une réaction à chaud après la lecture de Liquide. Philippe Annocque vit et travaille non loin de Rambouillet. En dehors de l’écriture, il enseigne dans un collège.

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Littérature française


http://hublots.over-blog.com

Philippe Annocque sera à Labyrinthes
le samedi 23 mai 2009


Le 17 avril 2009 paraît Liquide. Le quatrième livre de Philippe Annocque. Ce nom d’auteur (c’est son vrai nom d’ailleurs) ne vous est peut être pas connu. Pas encore. Nous sommes nombreux à penser qu’il le sera de plus en plus : auteurs, critiques, libraires, lecteurs, tous ceux qui rencontrent son écriture et sa propension, l’air de rien et sans y toucher, à nous raconter des histoires en demi-teinte tout en explorant la jouissance et la torture de la flexion d’écrire… Un écrivain, un vrai, loin des modes et des « fabrications », un écrivain comme seule ou presque la littérature française peut en produire.

Philippe Annocque sera à Labyrinthes le samedi 23 mai 2009 Pour vous donner un avant-goût de cette rencontre autour de son nouveau livre, nous avons souhaité vous proposer une réaction à chaud après la lecture de Liquide.

Philippe Annocque vit et travaille non loin de Rambouillet. En dehors de l’écriture, il enseigne dans un collège. Pour le rencontrer, vous pouvez passer à Labyrinthes (vous le croiserez de temps à autres) ou bien consulter son blog : Hublots (parce que la visibilité est mauvaise). C’est à l’adresse hublots.over-blog.com

Coulent mes larmes dans la mer promise
par les mouvements rythmés de tout fleuve

Il faudrait commencer par une succession de métaphores et d’anciennes citations glissant dans la mémoire comme de beaux oiseaux du passé. Tout homme est un fleuve aux rives impassibles. La position héraclitéenne, toujours ambivalente, qui veut qu’on ne puisse se baigner deux fois dans le même fleuve, quoi que cela puisse dire de l’être (est-ce que le temps passe et change le contexte, ou bien que l’être lui-même ne reste pas et du coup dans son impermanence n’arrivera jamais à projeter dans quelque courant d’eau un morceau unanime et solide qui fasse plouf ?). La théorie bouddhiste des éléments qui fait de l’eau la plus grande des forces, moins pour la capacité de la vague à grignoter toute falaise au fil du temps que pour l’incomparable flexion que le liquide sait adopter en face de toute forme pour la remplir ou s’y infiltrer.

On pourrait aussi s’étonner qu’à ce point nul ne s’y soit attaqué jusqu’ici, avec armes et bagages, à cette évocation des contenus d’un être au monde sous un autre angle que celui de l’enveloppe de chair. Pour creuser ailleurs qu’à l’interface de peau, cette frontière psychanalytiquement affirmée et première, cette barrière entre un dedans et des dehors. Car l’enveloppe peut céder la place, transposition tridimensionnelle au récipient avec goulot, un vase pour les fleurs fanées de la mémoire. Du vase comme réceptacle de tous liquides en transit ou stagnant, Philippe Annocque s’attache à explorer non la forme mais bien les remplissages. Et l’accumulation de strates liquides, comme dans quelque absolu cocktail exotique aux tranches bizarrement colorées, dont le déploiement et les irisations bousculent l’œil tout en le fascinant.

L’histoire en prétexte – avant que ne commence l’écriture – est simple, si simple qu’elle mérite à peine d’être développée. Le narrateur commence assis sur un banc, en face du fleuve ; il s’en lèvera en fin de parcours, avec peut-être le regret d’une tentation d’y jeter l’être pour le finir (va donc savoir…). Sa station réfléchie et son immobilité n’empêchent pas les mouvements de (l’âme ?) et les vagues associatives successives de la mémoire. Une femme aimée qui l’a trahi, une femme épousée qui l’a séparé, des enfants disposés au passage du temps, des relations humaines dont le flot est mince… Mais surtout la persistance d’un vide essentiel, d’une attente. Cet être vague est avant tout un être à remplir.

Un vacuum comme le disait nos anciens, qui savaient déjà qualifier un espace vide de toute chose, et qui en avaient tout aussi vite déduit que la nature a horreur du vide. Nulle surprise que cette pompe à vide en appelle au final à ce qu’il resterait de déité psychopompe pour l’accompagner dans son parcours à travers la mémoire et le temps, dont chacun sait les vagues et gouttelettes…

De liquide en sanie, ceux des corps comme ceux du monde, toutes les eaux de la création se mêlent et se succèdent, pour tramer cette histoire sur un métier composé de larmes, de sueur, de mares et d’eaux stagnantes, de pisse et d’eaux perdues dans les préludes à l’enfantement, de lait maternel et d’humeurs échangées dans l’amour… On n’oubliera jamais qu’une caractéristique physique de base de l’état liquide réside dans la facilité de la matière à se déformer et sa difficulté à se compresser. Les liquides sont des fluides, dont à la fois les molécules sont faiblement liées, mais cependant suffisamment proches les unes des autres. Ce qui explique leur caractère déformable (comme un gaz : faibles liaison) et leur résistance à la compression (comme un solide : proximité). Déformable comme la mémoire. Résistant à la compression comme le temps.

Les phrases se succèdent, parfois vagues, parfois pluie. Le flux du récit connaît des heurts, des ratés. Il y a des barrages. La pression permet de les faire sauter, ou de les contourner. Il y a des débordements. Il y a surtout une langue, inouïe. Littéralement : jamais encore auditée. Celle de la capillarité associative. Celle du flux entêté à dérouler chaque balance de son propos, chaque insert. Une langue qui n’hésite jamais à se structurer aussi étrangement qu’elle parfois se déploie dans notre fort intérieur pour nous murmurer en légers ruissellements des secrets, la phrase à épisodes qui ne cesse de s’écouler, pour s’en finir comme tout liquide par aller à la mer. A travers ce fleuve de départ et ce fleuve terminus : le fleuve de l’écriture.

Les définitions artistiques traditionnelles mettent souvent l’accent sur l’adéquation nécessaire de la forme et du fond. On ne raconte pas une histoire de bruit et de fureur, une épopée, avec un vocabulaire de base de vingt-cinq mots (ou alors on en fait un projet, volontaire, et du coup c’est adapté au projet). Ici, Philippe Annocque réunit dans la forme même de l’écriture les trois composantes – philosophiques, poétiques, prophétiques – de son propos, en disciplinant tous les mots de la douleur pour les faire couler dans la même direction : une langue, fluide, splendide, délicieuse. On ne dira jamais assez l’indicible, on n’ira jamais assez sur les territoires de l’inquiétude, au bord de la connaissance par les gouffres, obstinément, guettant le moindre frêle bruit, la moindre fêlure. La moindre brindille malmenée par le courant et qui s’en va dans un mouvement imprévisible de heurts et d’à-coups rejoindre d’autres brindilles emportées par le courant vers la mer.

Liquide - Philippe Annocque – Quidam éditeur, avril 2009 - 15,00 €

Les autres livres de Philippe Annocque:

Une affaire de regard – Seuil 2001 – 18,30 €
Chroniques imaginaires de la mort vive – Melville éditeur 2005 - 18,00 €
Par temps clair – Melville éditeur 2006 – 18,50 €

Gratuit et sans obligation d’achat

Labyrinthes, librairie spécialisée en Jeunesse,
Poches, Science-Fiction et Policier
Passage Chasles - 2 à 6 rue Chasles 78120 Rambouillet
Téléphone : 09 61 22 89 91
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